El Capitan : l'ascension

Mai 2010 :


Seconde partie :

L'organisation de l'ascension est divisée en deux parties, rôle du premier de cordée, et rôles des seconds.
Le leader grimpe la longueur en libre s’il le peut, plus efficace et plus agréable, ou bien en artif c'est à dire qu'il évolue en tirant sur les protections qu'il installe au fur et mesure. Lorsqu'il arrive au relais il fixe les deux cordes, dynamique et statique pour les seconds.
Les seconds doivent être efficaces afin de gagner un maximum de temps, ils assurent le leader, portent les sacs afin de soulager ce dernier. Puis ils remontent sur corde pour aller au plus vite. Celui qui se trouve être sur la dynamique récupère le matériel posé par le leader: câblé, friends, dégaines et sangles qu'il devra lui remettre ; tandis que celui qui se trouve être sur la statique, gère le haul bag, c'est à dire de le mettre en tension sur sa corde, puis une fois arrivé au relais suivant, il doit le remonter à lui.
Nous découpons les journées en deux, Benj sera leader le matin, et Rv l'aprêm, et second le reste de la journée, cela permet d'être plus efficace en limitant les manips où l'on s'échange le matos: coinceurs, sacs, intervertir chausson-chaussure. Éric sera second fixe.


Mercredi 19 Mai 2010

Première journée d'ascension dans la Triple Direct.

Nous partons de bonne heure, l'objectif du jour est de grimper les dix premières longueurs de salathé qui mènent à Mammut Terrasse où nous avons laissé notre sac et où nous passerons la première nuit, si possible nous avancerons la corde un peu plus loin. C'est pourquoi Benj partira le premier devant la cordée de Thibaut et Jeannot.

Longueurs marquantes :
L1, Première longueur, elle nous met directement dans l'ambiance, d'autant plus qu'elle est dure, libérée grâce aux trous de pitons, escalade à doigt.
L2, Plus impressionnant que dur par son style de verrou à point.
L4, Les révélations : nous allons manquer de petits friends et de petits câblés, de plus les dalles granitiques sont mutantes.
L8, Le half dollars : dièdre mouillé et évasé, le rocher se referme à 45°, style déroutant entre le dièdre et la cheminé.
L12, Première longueur de Muir Wall : le style change complètement, deux fissures parallèles, si fines que l'on doutait de l’itinéraire. L'artif débutât sérieusement : étrillers, coinceurs tous les mètres, de moins en moins bons, jusqu'à arrachement.

20h30 – 300m – Depuis quelques mètres je serre les fesses, les protections d'en dessous m'ont juste permit d'évoluer. Debout sur un triple zéro, friend, tri-cames le plus petit du marché, posé seulement sur deux cames, je pose une câblé dans un trou de pitons, seul coinceur qui passe, je le teste il s'arrache, je n'ai pas le choix, je le repose, à ce moment là le triple zéro sur lequel j'avais mon étrier, s'arrache. Je me retrouve pendu dégaine à la main, sur le câblé...

Bilan journalier : pas mal de libre dans l'ensemble, de bonnes sensations, un timing correct, puisqu'après être arrivé à Mammut Terrasse il nous a fallu remonter sur 60 mètres notre petit veau, sac de hissage, puis nous avons avancé de quasi deux longueurs supplémentaires.

Durant cette première journée nous aurons croisé une cordée d'Américains, traînant leur sac de hissage avec eux, ils étaient donc moins rapides et ils nous ont donc ralenti entre la quatrième et sixième longueur avant de nous laisser passer. Nous avons profité de ce relais sur terrasse pour échanger le premier de cordée. Lorsque nous les avons retrouvés sur la vire du bivouac, ils étaient confortablement installés : portaledge (petite toile de tente suspendue), poste de musique, dentifrice et brosse à dents...

La nuit tombée, nous retournons au camp. La pluie nous accueille sur cette vire, qui sera, nous l'apprendrons malheureusement plus tard, notre meilleure nuit dans la face.


Jeudi 20 Mai 2010

Deuxième journée d'ascension dans la Triple Direct.

Réveil 6h, un petit déj, un petit caca, le tout en pleine paroi.
L'objectif de la journée est le bivouac au camp 4, relais

Longueurs marquantes :
L13, Inimaginable pour le libre dû aux deux angles qui s'écartent. Extrêmement dur en artif, d'autant plus qu'il nous manquait toujours du matos en petit.
L19, Après une suite de traversées, longueur magnifique qui mène au camp 4, légèrement soutenue et qui se protégeait bien, que du bonheur.

Lors de cette seconde journée une cordée de Suisse nous a doublée, ils étaient partis le jour même munis d'un mini haul bag, ils ont utilisé notre statique pour remonter L13 et L14, afin de nous rendre la pareille sur le temps qu'ils ont gagné et que par conséquent nous avons perdu, ils ont installé notre stat' sur L15 et L16. De vraies petites fusées dont leurs objectifs étaient de faire la triple directe en une seule journée.
Suite à cette échange qui clôt la section « Muir Wall », RV reprit la tête pour une succession de quatre longueurs en traversées qui permettent de nous amener à la ligne du « Nose ».
Le vent était tellement puissant que les dégaines étaient plaquées sur le rocher mais vers le haut. Le gaz, l'impression de vide est énorme dans cette ligne horizontale qui nous mène de la gauche du « nez » d'El Capitan à la droite. Les deux éléments ajoutés donnent une ambiance extraordinaire qui a pour conséquence de nous demander ce que l'on fout là ou bien de légèrement nous figer sur nos coinceurs.
Remonter un sac qui varie de 40 à 10 kilos, réciproquement entre le début et la fin de l'ascension c'est pénible, mais en traversée, c'est une vrai galère, bilan suite à une corde de contrôle trop courte et une mauvaise estimation, 8 litres d'eau ont été perdu lors d'un crash de haul bag arrivant à « mach boul » (dédicace à Valou) dans un dièdre à plus de 550 mètres.

Bilan journalier : artif délicat dans les premières longueurs donc moins de libre dans les longueurs dures, les traversées rendent galère toute logistique, un timing correct, puisqu'on a réussi à installer une longueur et demie au delà du camp. Sur l'aspect mental une chose est sûre, les contraintes sont importantes qu'elles soient liées aux divers facteurs météorologiques, à l'ambitieux projet du lieux même ou bien à nos propres compétences, et la seule chose que nous pouvons faire c'est de les accepter.

La nuit tombée, nous retournons au camp. Cette vire est microscopique pour trois, après un bon repas, nous nous couchons, façon d'écrire puisque l'un de nous est dans un hamac de corde pour ne pas glisser, et les deux autres dorment assis.


Vendredi 21 Mai 2010

Troisième journée d'ascension dans la Triple Direct.

Réveil 6h, un petit déj, un petit caca, le tout en pleine paroi.
L'objectif de la journée la sortie.

Longueurs marquantes :
L21, Le great roof, longueur mythique qui a rendue célèbre Lynn Hill, qui aujourd'hui mousseux comme elle est, ne serait libérable que par un paysagiste.
L22, Pancake flake, belle partie en libre, puis, au-delà de la terrasse maculée de sang une petite section d'artif mentalement délicate à cause de ce sang réparti dans toute la longueur.
L29+L30, Les dernières longueurs, belle section en libre, puis de l'artif pour sortir.

Rapides, (Les Suisses) ils sont rapides, malgré notre rythme soutenu, ils nous rattrapent. Comme la veille, nous leurs proposons notre stat, ils nous remercient mais ils souhaitent continuer en libre-artif. Arrivés au relais, nous discutons. Hans Florid, business man, 73 ascensions du Nose, dont une en 2hs37 avec Yuji Hirayama. Ils nous sont naturellement passés devant, puis ils nous ont posé quelques statiques.
17h – 900m – remonter 60 mètres sur stat plein gaz, ambiance. L'objectif est toujours le même sortir, mais maintenant se n'est plus une option.
Le sommet, tant attendu, la petite biz, tant attendue, un petit feu, tant attendu. Un désastre, la chaleur qu'il dégage nous fait revivre, mais la fumée due au bois résineux est atroce. Un sandwich et au lit. La dernière nuit fût difficile, malgré un sol plat, le froid nous congela, nous, et l'eau aussi.


Samedi 22 Mai 2010

Quatrième Journée, le retour.

Réveil 9h, grasse mat', un petit déj, un petit caca, le tout au sommet.
Benj envoie un message à Thibault pour savoir où ils en sont dans Salathé, afin de savoir à quelle heure on se retrouve au sommet. Sa réponse nous apprend que Jeannot avait eu un grave accident. Après un coup fil plus détaillé, nous prenons le chemin du retour.
10h00 – Photos au sommet.
11h30 – Retour au sommet, après avoir fait demi tour, au bout d'un cul de sac.

Plus de 5 miles dans neige et sous la neige, mais nous ne sommes pas seul à être sous la neige, le chemin l'est aussi. Quasi rien dans le ventre, fatigués des journées et des mauvaises nuits passées et maintenant nous sommes perdus. Après une vue au loin, et un coup de GPS sur l'I Phone qui a enfin du réseau et une heure de marche, La torture prend fin.

15h30 – Arrivés à la Water Fall, nous savons exactement où nous sommes, plus qu'une heure.
16h30 – Arrivé au Camp 4, grosse bouffe, briefing avec Thibault.
17h30 – Démontage des tentes, briefing avec les Rangers.
19h00 – Départ vers Modesto où Jeannot est hospitalisé.
22h00 – Visite de Jeannot.


Hervé